Cela fait près de 20 ans que j'avais cessé de croire dans les maisons d'édition. Lasse d'utiliser l'argent gagné à la sueur de mon front durant l'été, lasse de dépenser ce qui devait me permettre de payer mon permis, puis mes études... Lasse de ne recevoir aucune réponse ou bien des fins de non recevoir sans explications, sans retour du manuscrit, à moins de payer encore. Seuls quelques rares éditeurs les retournaient sans frais.
Vingt ans plus tôt, j'étais parvenue à découvrir une liste de destinataires potentiels.
Il y a dix-huit ans, une maison d'édition accepta de publier un "fabuleux roman" dans lequel elle affirmait croire et avoir détecté en moi une auteur au talent prometteur. Jolis mots dont on se berce... Puis lecture attentive du contrat pour comprendre que mon rêve était soumis à finances. Pourquoi ne pas utiliser cet argent soigneusement placé qui devait me servir à payer mes pommes de terre et mes pâtes durant mes années d'université ? Allons bon, après tout, j'étais la future écrivain du XXe Siècle (et oui, nous n'avions pas encore changé de siècle). Pourtant, j'avais dix-neuf ans et aucune envie de prendre des risques. J'ai rangé mes textes et mes rêves dans un placard, jurant de fuir un milieu qui me semblait inhumain.
Et puis, j'ai compris que l'on ne pouvait pas lutter contre celle que l'on était. Compris que l'écriture était en moi et qu'il me fallait l'accepter, qu'il m'était impossible de renoncer.
Et puis, j'ai reçu tous ces mots, ces encouragements et j'ai osé croire que oui, j'avais du talent. Après un premier ouvrage auto-publié et la brutale compréhension que les regards ne seraient pas indulgents, j'ai souhaité me tourner vers l'édition classique.
Et de nouveau, je suis devenue une oie blanche et naïve...
Imaginant que la gentillesse (feinte ?), l'attention accordée à mes textes témoignaient d'une honnêteté certaine. Depuis avril, j'ai envoyé un autre de mes romans à trois maisons d'édition, ne vérifiant pas suffisamment qui elles étaient... La première a donc accepté mon roman, mais elle est aussi mal considérée que l'édition indépendante. La seconde affirmait pratiquer le compte d'éditeur et rien, absolument rien sur leur site ne laissait deviner la réalité.
Doux mots entendus, promesse de présentation à un concours pour un premier roman, d'un véritable soutien aussi bien lors de la vente que de la correction, affirmation d'une véritable sélection. 1000 ouvrages envoyés, seulement quarante sélectionnés et le mien parmi ceux-ci ! Ego tout à coup menaçant de s'envoler en m'entraînant derrière lui. Oui, je suis comme tout un chacun(e), je m'emballe lorsqu'on me promet monts et merveilles. Et pourtant, je ne pouvais m'empêcher de me répéter "attends de tout entendre... Ménage-toi..." A raison hélas...
On peut utiliser les rêves des autres de bien des façons... Très gentiment, entre deux sucreries, la directrice littéraire (ah quel bonheur de discuter avec une directrice littéraire, comme si tout à coup nous devenions une enfant présentée à un personnage très important susceptible de lui offrir le plus beau des cadeaux), la directrice littéraire donc m'expliqua qu'ils ne pouvaient pas prendre un risque trop important en m'éditant sans aucune garantie et que par conséquent, ils proposaient une pré-souscription à une mailing liste que je leur aurais proposée. Pourquoi pas ? Caressée, dorlotée, endormie, j'écoutais chaque mot, pensant qu'ils étaient censés. Après tout, qui étais-je pour imaginer que l'on pouvait tenter de vendre mes romans sans que j'y mette du mien ? Bien sûr, je corrigerai ce qu'ils souhaitaient (cela étant logique). Bien entendu, j'assisterai à chaque salon (me demandant toutefois si les frais de transport et d'hébergement seraient aussi à ma charge). Evidemment je trouverai une gentille illustratrice qui travaillerait gratuitement... Fournir une mailing liste de 300 personnes ? Un peu compliqué, mais pas impossible. Ah, pardon, vous pouvez répéter ? Il ne faut pas seulement une mailing liste, mais 300 personnes qui s'engagent à acheter mon roman ou bien je devrais payer la différence! Euh, besoin de réflexion...
Sans paroles destinées à m'endormir, un calcul rapide fut fait : si je touchais environ 1 € par roman et qu'il me fallait payer même "seulement" 200 romans, je devrais débourser entre 2500 et 3000 €, donc vendre la même quantité de romans pour me rembourser... La quasi totalité des bénéfices allant dans la poche de la maison d'édition tandis qu'au final, je serai celle qui a le plus travaillé et surtout la seule à prendre de vrais risques... Très peu pour moi!
Et si j'étais riche, si j'avais 3000 €, prendrais-je une décision différente ? Non. Oui, une fois de plus, cette décision étreint un peu trop mon coeur, mais je refuse de payer pour être publiée. Je préfère encore me tourner vers l'édition indépendante et mourir pauvre comme ma puce l'a dit. :D Fierté mal placée ? Peut-être, peut-être pas. Pour l'instant, je pense encore avoir des années devant moi et je préfère manger des pommes de terre (que nous cultivons), savourer chaque jour que la vie m'offre, pleurer une bonne fois pour toutes et repartir. Continuer de travailler, profiter de chaque mot que cette maison d'édition m'a proposés car ils ont au moins cet avantage : j'ai pu bénéficier d'une fiche de lecture détaillée. Avancer en fermant mes yeux aux miroirs aux alouettes, ignorer le chant des sirènes... Me répéter que "oui, j'aurais pu bénéficier d'un meilleur accueil puisqu'officiellement, il s'agit d'une maison d'édition, que cette fois, il s'agit très certainement d'un vrai choix et pas d'une chance offerte à n'importe quel roman. Mais non, il ne s'agit pas d'une vraie maison d'édition sans contrepartie financière déguisée et travailler ainsi ne me convient pas." Oublier qu'il s'agit d'une maison d'édition de taille moyenne, me souvenir qu'ils s'enrichissent avec les rêves de jeunes auteur(e)s...
Et pour éviter de reproduire cette erreur, j'ai cherché des listes noires que je vous communique ci-dessous :
- L'oie plate
- Calcre
- Livre-Libre

4 commentaires:
Les pseudos éditeurs font preuve d'une rouerie sans limite pour piéger des auteurs par trop naïf. Mais il existe encore de vrais éditeurs, qui ne font rien débourser à leurs auteurs. Il suffit de sans cesse remettre l'ouvrage sur le métier et s'armer de patience...
Courage !
Merci Pierre :D
Je n'ai pas été aussi claire d'esprit quand j'avais 19 et j'ai signé pour un CA avec le soutien de mon père (qui ne connaissait pas plus que moi). Il faut sans cesse rappeler que c'est l'éditeur qui prend tous les risques et non l'auteur, mais on ne nous écoute PAS ! :-/
Pas si simple... Si j'avais eu l'argent à 19 ans, il est possible que j'aurais également tenté ma chance... Et c'est cela qui est inadmissible : jouer ainsi avec les rêves des jeunes auteurs... Si encore le contrat est clair dès le début, si cette particularité s'affiche sur le site de l'éditeur, après tout, chacun peut prendre ses décisions en connaissance de cause... Hélas, c'est loin d'être toujours aussi clair...
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